
SÉMINAIRE C-1
ÉNERGIE CHIMIQUE
1. Chaleur de réaction
Imaginez une expérience au cours de laquelle nous décomposerions un gramme
de carbonate de calcium dans un calorimètre à pression constante sous une
pression de 1,0 atmosphère. Le calorimètre est schématisé dans la figure C-l.

Inutile de dire que le procédé employé pour obtenir une pression
constante est bien plus compliqué que celui qui est schématisé sur ce dessin.
Une bonne isolation est également nécessaire pour nous assurer que le seul
transfert de chaleur au cours de la réaction soit le passage de q joules (1
joule = 4,1868 cal) du calorimètre aux réactifs chimiques.
Supposons que CaCO3 était à 25°C avant que ne commence la
réaction, et que CaO et CO2 soient ramenés à 25° à la fin. Nous
trouverions que 1775,2 joules (0,424 kilocalories) d'énergie sous forme de
chaleur ont été perdus par le calorimètre au profit des composés chimiques: il
en ressort que la réaction est endothermique de 1775,2 joules (0,424
kilocalories).
Dès lors, nous pouvons adopter l'un des deux raisonnements suivants.
Nous pouvons conclure que la loi de conservation de l'énergie, qui s'applique
aux systèmes mécaniques simples, n'est pas observée dans le cas des réactifs
chimiques; s'il en est ainsi, les 1775,2 joules (0,424 kilocalories) ont
disparu. Ou, nous pouvons dire que les 1775,2 joules
(0,424 kilocalories) ont été transformés en une sorte d'énergie chimique, à
laquelle nous donnons le nom d'ENTHALPIE.
Nous pouvons maintenant expliquer l'absence de ces 1775,2 joules (0,424
kilocalories) de la façon suivante.
Lorsqu'un gramme de carbonate de calcium se décompose à 25°C sous une
pression de 1 atmosphère, son enthalpie augmente de 1775,2 joules (0,424
kilocalories).
CaCO3(s)
® CaO(s) + CO2(g)
1,00 g ®
0,56 g + 0 44 g
L'enthalpie de 0,56 grammes de CaO et de 0,44 grammes de CO2
est donc plus grande de 1775,2 joules (0,424 kilocalories) que celle de 1,0
gramme de CaCO3.
Les symboles (s) et (g) de l'équation ci-dessous
indiquent "solide" et "gazeux". De façon similaire, (1)
signifie liquide. Ces symboles sont nécessaires car l'enthalpie d'un élément ou
d'un composé dépend de son état. Ainsi, à 25°C l'eau peut se trouver sous forme
de H2O(1) ou de H2O(g)
et les contenus enthalpiques des deux états diffèrent quant à la chaleur
latente de vaporisation de l'eau.
Si nous utilisons le symbole H pour le contenu enthalpique d'un composé,
nous pouvons donc exprimer le changement d'enthalpie
dans la réaction ci-dessus par:
H (CaCO3, 1 g) + 1775,2 joules = H (CaO, 0,46 g + C02, 0,44 g)
DH = H(Ca0, 0,56 g + C02, 0,44 g ) -H(CaC03, 1 g ) = 1775,2 joules.
Il en ressort que q = DH = 1775,2
joules pour cette réaction endothermique (chaleur absorbée).
Si nous effectuons la réaction inverse, partant de CaO et CO2
et aboutissant à CaCO3, nous trouverons que le calorimètre gagne
1775,2 joules. C'est ce qui est observé. C'est pourquoi, pour la réaction
inverse, qui est exothermique (chaleur dégagée), q = DH
= -1775,2 joules
Ainsi, si nous inversons la réaction, nous changeons le signe de DH
et donc l'inverse d'une réaction exothermique est endothermique de la même
quantité
Problème 1.
La réaction
CaO(s)
+ CO2(g) ® CaCO3(s)
est-elle
exothermique ou endothermique? DH est-il positif ou négatif?
Problème 2.
La décomposition de l'ozone
2O3(g) ® 3O2(g)
est
exothermique. L'enthalpie d'un gramme d'ozone est-elle plus grande ou plus
petite que celle d'un gramme d'oxygène normal?
2. Enthalpie molaire normale
Si l'enthalpie est une propriété raisonnable, extensive, l'enthalpie de
2 grammes de CaCO3 devrait alors être double de celle de 1 gramme de
CaCO3 à la même température et sous la même pression. Ce
raisonnement s'appliquerait aussi bien à CaO et CO2, de sorte que, à
25C et sous 1 atmosphère, la chaleur de la réaction
CaCO3(s)
® CaO(s) + CO2(g)
2,00 g ® 1,12 g + 0,88 g
serait DH(2 g) = 2 DH(1 g) = 3550, 8 joules (0,848 kcal)
En fait, ce raisonnement s'avère vrai, et nous pouvons donc déduire la
chaleur de la réaction quand elle est effectuée avec une quantité quelconque de
matière.
Problème 3.
Si nous utilisons les symboles de représentation des
quantités molaires, quelles sont les chaleurs de ces réactions à 25C et sous 1
atmosphère?
(a) CaCO3(s) ® CaO(s)
+ CO2(g)
(b) CaO(s) + CO2(g) ® CaCO3(s)
Problème 4.
Une quantité de 1,5 g de CaO réagit sur un excès de CO2
et est complètement convertie en CaCO3 à 25C et sous 1 atmosphère.
Quelle est la valeur de DH?
Jusqu'à présent, nous avons vu que le changement d'enthalpie DH
qui accompagne une réaction chimique est causé par la différence entre les
contenus enthalpiques des produits et des réactifs. Ce fait peut être résumé
par:
q = DH
= åH (produits) - åH
(réactifs).
Pour être précis, on doit spécifier la température et la pression. Les
données thermochimiques sont rapportées dans les conditions normales
, établies arbitrairement mais de façon pratique à 25C et 1 atmosphère.
Définissons l'ENTHALPIE MOLAIRE NORMALE
H° d'une substance: c'est l'enthalpie d'une mole à 25C et sous 1
atmosphère. La chaleur d'une réaction effectuée à 25C et sous 1 atmosphère est
une mesure de la différence entre H° du produit et H° du réactif:
q°
= DH° = åH°
(produits) - åH° (réactifs)
Donc, la chaleur de la réaction, DH° , de
CaCO3(s) ® CaO(s)
+ CO2(g) est H° CaO + H° CO2
- H° CaCO3
et celle de la réaction
3H2(g)
+ N2(g) ® 2NH3(g) est 2H° NH3
- H° N2 - 3H° H2
Problème 5.
Écrivez les expressions des chaleurs normales des
réactions suivantes:
3. Loi de Hess
Il est, en pratique, impossible de réaliser la réaction C(graphite) + 2H2(g) ®
CH4(g) dans un calorimètre et de mesurer directement sa chaleur
normale. Cependant, on peut déterminer indirectement cette chaleur normale en
utilisant les chaleurs de combustion mesurées, dont les valeurs sont les
suivantes:
|
|
Réaction |
Changement
d'enthalpie |
Chaleur
observée (kJ) |
|
|
C(graph) + O2(g) ® CO2(g) |
H°CO2 - H°(C) - H°O2 |
-394,0 |
|
|
2H2(g)
+ O2(g) ® 2H2O(l) |
2H°H2O - 2H°H2 - H°(O2) |
-571,9 |
|
|
CO2(g) + 2H2O(l) ® CH4(g) + 2O2(g) |
2H° O2 + H° CH4 - H°CO2 - 2H° H2O |
+891,0 |
|
SOMME: |
C(graph) + 2H2(g) ® CH4(g) |
DH° = H°CH4 - H°C
- 2H°H2 |
-74,9 |
Comme vous le voyez, le changement d'enthalpie que l'on recherchait est
exactement égal à la somme des changements d'enthalpie (chaleurs) d'une succession
de réactions connues qui conduisent au produit désiré.
4. Chaleurs standards de
formation
Il apparaît déjà clairement qu'une table d'enthalpies molaires normales
peut être très utile. Si vous désirez connaître la chaleur normale de la
réaction
2H2O2(l) ®
2H2O(1) + O2(g)
vous n'avez qu'à relever les
valeurs des enthalpies molaires normales du peroxyde d'hydrogène, de l'eau et
de l'oxygène, et l'expression
DH° = 2H° H2O(l)
+ H° O2(g) - 2H° H2O2(l)
vous donne la chaleur normale de
la réaction.
Problèmes: En utilisant les renseignements donnés ici
ou dans le prochain séminaire, ou encore à la feuille des données,
calculez les chaleurs normales des réactions suivantes et établissez quelles
réactions sont endothermiques ou exothermiques.
Problème 12. Quelle est la chaleur de combustion
complète de l'acétylène C2H2?
Les expériences thermochimiques ne donnent jamais H° lui-même, mais
seulement des différences de H° , DH
= åH°(produits) - åH°
(réactifs). En conséquence, nous devons choisir l'origine de notre échelle
d'énergie. La convention est que LE CONTENU ENTHALPIQUE DE N'IMPORTE QUEL
ÉLÉMENT PRIS DANS SON ÉTAT NORMAL EST EXACTEMENT ZÉRO. Les conditions d'état
normal sont établies sous une pression de 1 atmosphère et à 25 C. Pour tous les
éléments, il peut exister ou nous pouvons créer plus d'une forme chimique (allotropie)
dans ces conditions. La forme la plus stable ou la plus abondante de l'élément
pur est choisie comme un état normal , en adoptant la
convention arbitraire que son contenu enthalpique est égal à zéro. Ainsi, O2(g) comme état normal de l'oxygène
est un meilleur choix que l'oxygène atomique, O(g), ou l'ozone, O3(g).
Si on se base sur le choix arbitraire de O2(g) comme état
normal de référence pour l'oxygène, les enthalpies molaires normales , H° des
trois formes allotropiques de l'oxygène sont:
H° = DH°f
O2 (g) =
exactement zéro
O(g) = + 249,1 kJ/mol
O3(g) = + 142,4 kJ/mol
Pour le carbone, deux formes cristallines peuvent exister indéfiniment à
25 C et sous 1 atmosphère. Le C(graphite)
est choisi arbitrairement comme état normal et, en se basant sur cette
définition, le H° de C(diamant) vaut + 1,88 kJ/mol .
Étant donné les conventions énumérées ci-dessus, il est facile
d'utiliser les données thermochimiques pour construire des tables d'enthalpies
molaires normales des composés (à partir de leurs éléments pris dans leurs
états normaux). Par exemple, la chaleur de la réaction
P(s) + 1,5 H2(g) ®
PH3(g)
est +5,44 kJ (+1,3 kcal) à 25C
et sous 1 atmosphère, de sorte que
q = DH°
= +5,44 kJ
= H°PH3 - H°P - 1,5H°H2
= H°PH3 - 0 - 0
Ainsi H°PH3 = +5,44 kJ/mol = D H°
Nous voyons donc que l'enthalpie molaire normale d'un composé peut être
déterminée simplement en mesurant la chaleur de formation du composé à partir
de ses éléments (tous pris dans leur état normal). Ainsi donc, l'enthalpie
molaire normale. signifie la même chose que la chaleur normale de
formation Le symbole que nous avons utilisé dans l'exemple ci-dessus pour
désigner l'enthalpie molaire normale du PH3, H°PH3,
pourrait aussi s'écrire DH°f (PH3),
chaleur normale, de formation. Les deux symboles ont des significations
identiques mais la forme la plus simple est plus facile à utiliser.
La chaleur normale de tout autre composé peut être calculée de la même
manière et redisons encore qu'elle représente l'enthalpie de formation du composé
à partir de ses éléments, tous pris à 25C et sous une pression atmosphérique. A
partir d'une table des enthalpies normales , la
chaleur d'une réaction peut être calculée en utilisant l'équation
DH° = åH°(produits) - åH°(réactifs).
Pour montrer clairement que le choix arbitraire de l'état normal
n'affecte pas la valeur de DH° d'une
réaction, considérons l'exemple suivant:
C2H4(g) + H2O(l) ® C2H5OH(l)
En utilisant les données appropriées des enthalpies normales (par exemple
chaleurs de formation), nous voyons que:
DH° = DHf°(C2H5OH(l))- DHf°(C2H4(g))
- DHf° (H2O(l))
= -66,4 - 12,5 + 68,3 = -10,6
kcal/mol
= -278,0 - 52,3 + 286,0 =-44,3
kJ/mol
Contrôlons nos données en considérant les réactions qui sont à la base
de la définition des H° de la table:
2C(graph) + 2H2(g) ® C2H4(g) DHf° = +52,34 kJ
H2(g) + 0,5O2(g) ® H2O(l) DHf° = -286,0 kJ
Ainsi
2C(graph) + 3H2(g) + 0,5O2(g) ® C2H4(g) + H2O(l) H° = -233,6kJ
Pour la formation de l'éthanol, nous écrivons:
2C(graph) + 3H2(g) + 0,5O2(g) ® C2H5OH(l) DHf° = -278,0 kJ
Si nous soustrayons la première équation de la dernière, nous obtenons:
C2H4(g)
+ H2O(l) ® C2H5OH(l)
DH° = -44,3 kJ/mol
et nous voyons que les éléments
se sont complètement annulés. Tout choix, arbitraire mais logique, du contenu
enthalpique des éléments serait satisfaisant, mais le choix d'un contenu
enthalpique égal à zéro est l'un des plus simples et est la convention
internationalement acceptée.
Réponses
1.
exothermique et négatif
2.
HO3 > HO2
3.
a.
DH = 1775,4 J/g CaCO3 x masse molaire CaCO3 =
1775,4 x 100,086 = 177693 J ≡ 178 kJ
b.
– 178 kJ
4.
DH = - 178 x 1,5 / 56,077 = 4,76 kJ
5.
a.
DH˚ = H˚CaCO3 - H˚CaO - H˚CO2
b.
DH˚ = 2H˚H2O - 2H˚H2 - H˚O2
c.
DH˚ = H˚HCl – 0,5H˚H2 – 0,5H˚Cl2
d.
DH˚ = H˚CO2 - H˚C - H˚O2
e.
DH˚ = H˚CO2 + 2H˚H2O - H˚CH4
- 2H˚O2
f.
DH˚ = H˚CH4 - H˚C - 2H˚H2
6.
DH˚ = DH˚f Al2O3 - 2DH˚f Al – 1,5DH˚f O2 = -1669,8 – 2 x 0 – 1,5 x 0 = -1669,8 kJ
7.
DH˚ = 3DH˚f
O2 - 2DH˚f O3 = 3 x 0 – 2 x 142,6
= -285,2 kJ
8.
DH˚ = 2DH˚f
CO2 + 2DH˚f H2O - 2DH˚f C2H4 – 3DH˚f O2 = 2 x -394 + 2 x
-286 – 2 x 52 – 3 x 0 = -1464 kJ
9.
DH˚ = DH˚f C2H6 - DH˚f C2H4 - DH˚f
H2 = -85 – 52 - 0 = -137 kJ
10.
DH˚ = 2DH˚f
CO2 + 2DH˚f H2O - DH˚f
C2H4 – 2DH˚f O3 = 2 x -394 + 2 x
-286 – 2 x 52 – 2 x 142,6 = -1749,2 kJ
11.
DH˚ = DH˚f C6H6 - 3DH˚f C2H2 = 49 – 3 x 227 = -632 kJ
12.
C2H2(g) + 2,5O2(g) → 2CO2(g)
+ H2O(l)
DH˚ = 2DH˚f CO2 + DH˚f H2O(l) - DH˚f C2H2 – 2,5DH˚f O2 = 2 x -394 + -286 – 227 –
2,5 x 0 = -1301 kJ
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Mise à jour effectuée le 14 août 2006