SÉMINAIRE G-4
ÉNERGIE D'ACTIVATION
On a trouvé que les vitesses des réactions chimiques se situent dans le
domaine allant de celles virtuellement instantanées jusqu'à celles qui sont si
faibles qu'elles sont imperceptibles. Les différences de vitesse proviennent
des grandes différences qui prévalent dans les besoins d'énergie des étapes
individuelles ou des processus qui sont impliqués dans la transformation.
L'effet de ces besoins d'énergie est de changer la vitesse des réactions quand
la température change. En effet, en mesurant les vitesses de réaction à
différentes températures, on est capable de déterminer l'énergie minimale
requise. Le but de ce séminaire est de mettre à point et de comprendre la
relation entre vitesse et énergie et, pour ce faire, nous devons considérer
les processus de réaction d'une manière plus détaillée qu'il n'était
nécessaire pour la définition de la vitesse. Deux théories sont utilisées pour
décrire les processus impliqués: la - théorie des collisions et la théorie du
complexe activé.
La Théorie des collisions
postule que les réactifs doivent entrer en collision pour pouvoir réagir et
elle calcule le nombre de collisions par unité de temps. Ce nombre augmente
avec:
(a)
la taille des molécules considérées
(b)
le nombre de molécules par unité de volume (ou concentration)
(c)
la vitesse (qui dépend de l'énergie ou température) des molécules en
collision.
Ces trois facteurs peuvent être calculés et les expériences montrent qu'ils
affectent la constante de vitesse dans le sens prédit par la théorie.
Cependant, il s'avère que les valeurs des constantes de vitesse déterminées à
partir de ces trois seuls facteurs sont beaucoup plus grandes (parfois d'un
facteur ~ 106) que la constante de vitesse trouvée
expérimentalement. Le facteur
manquant provient du fait que seule une fraction des collisions conduit à une
réaction, car les molécules en collision doivent se redistribuer d'une
certaine façon pour former le(s) produit(s) et ce processus requiert un
certain supplément d'énergie. En général, certaines liaisons chimiques
existant dans les réactifs sont rompues et de nouvelles liaisons sont formées.
La rupture d'une liaison est toujours un processus endothermique (il
faut une énergie approximative de 40 à 400 kJ ou de 10 à 100 kcal par mole) et
cette énergie doit provenir de l'énergie cinétique de translation des espèces
en collision.
Énergie d'activation
Cependant les molécules individuelles ne possèdent pas en moyenne suffisamment
d'énergie pour former le complexe activé à chaque collision. C'est pourquoi,
lorsqu'il se produit une collision de deux molécules, généralement il ne
s'ensuit pas de réaction.
Dans un ensemble quelconque de molécules, cependant, certaines posséderont des
énergies cinétiques élevées et d'autres en auront de plus faibles, avec une
moyenne pondérée dictée par la température du système. Cette distribution des
énergies est appelée distribution de Boltzmann et elle peut être représentée
graphiquement (Fig. G-4).

Ainsi, seule une fraction des collisions aura une énergie supérieure à celle
requise pour que la réaction ait lieu. Cette énergie est appelée énergie
d'activation et s'écrit Ea. Cette fraction vaut e-E/RT(où e est 2,71828..., c'est-à-dire la base des
logarithmes naturels; c'est le même e qui apparaît dans le séminaire F-2, dans
les calculs, etc.).
Ce facteur, la fraction e-E/RT permet d'estimer les contributions
de l'énergie de redistribution (énergie d'activation). Jointe aux
contributions de la vitesse des molécules, de la concentration et de la taille
présentée au début du séminaire, cette contribution additionnelle permet de
calculer des vitesses qui concordent mieux avec l'expérience.
(La petite fraction de molécules possédant une énergie suffisante pour
réagir, (exp. {-Ea/RT}) est représentée
dans la figure F-4 par la (petite) aire hachurée, à droite). Il est clair que
la fraction exp. {-Ea/RT} dépend de la
température et que, par conséquent, la constante de vitesse dépend de la
température, comme nous le verrons ci-dessous.
Pour comprendre cette dernière contribution au mécanisme d'un processus de
réaction, considérons avec un peu plus d'attention les transformations de la
molécule durant la collision. Cette considération conduira aussi à une
meilleure compréhension de l'origine de Ea. L'approche utilisée est
appelée théorie du complexe activé, et nous allons considérer, en les
combinant, la théorie des collisions et la théorie du complexe activé.
Théorie combinée
En général, la théorie la plus complète est une extension de la théorie des
collisions; les espèces doivent encore entrer en collision et leurs vitesses,
concentrations et tailles sont encore importantes. Cependant, la collision
elle-même n'est plus considérée comme instantanée avec choc élastique. Les
espèces "en collision" interagissent entre elles, réarrangeant leur
orientation, changeant les longueurs de liaison et les angles entre atomes
durant une période de temps qui est courte, mais non instantanée. Les
liaisons dans les espèces individuelles en interaction peuvent, si Ea
est dépassé, se rompre et de nouvelles liaisons peuvent se former.
L'assemblage très temporaire ou structure intermédiaire est appelé
complexe activé. C'est le point de
passage obligatoire d'un processus de réaction.
Si les espèces présentes "entrent en collision", si leur énergie dépasse Ea
et si elles sont orientées adéquatement, une réaction est alors possible
via le complexe activé. Il est clair que le nombre d'orientations relatives
qui sont possibles augmente lorsque les espèces deviennent plus complexes, et
seules quelques orientations peuvent convenir pour une réaction donnée.
Supposons que nous considérons une réaction dans laquelle Br déplace Cl de
HOCl. Il est clair que la réaction de formation de HOBr sera plus probable si
Br entre en collision avec la région O - CI de HOC1 plutôt qu'avec la région
H. (Dans
nos calculs, nous ne tiendrons pas compte du facteur d'orientation).
Considérons maintenant en détail les transformations d'énergie qui surviennent
lors de la collision des molécules pour examiner comment la température
affecte la constante de vitesse. Obtenir une énergie suffisante pour former
le complexe activé et donc réaliser la transformation chimique est le problème
de base de la vitesse d'une réaction. On peut l'approcher comme suit:
Considérons des molécules de A et de B, chacune d'elles possédant une certaine
énergie cinétique de mouvement. (Elles possèdent aussi une certaine quantité
caractéristique d'énergie potentielle définie par la constitution de la
molécule.) Lorsque les molécules entrent en collision, l'énergie cinétique
diminue, mais comme aucune énergie ne peut être créée ou détruite dans des
processus moléculaires, l'énergie totale ne changera pas. L'énergie cinétique
de mouvement est transformée en énergie potentielle par la collision et
l'énergie potentielle du complexe activé dépassera la somme des énergies
potentielles des molécules constituantes.
Le problème peut être représenté graphiquement de la façon suivante (Fig.
G-5):

Figure G-5
Aux extrémités gauche et droite de la figure, l'énergie potentielle est la
somme des énergies potentielles respectives des réactifs et des produits.
Entre les extrémités, on remarque l'énergie potentielle accrue provenant de la
conversion de l'énergie cinétique en énergie potentielle dans le complexe
activé, et cette énergie potentielle additionnelle doit nécessairement être
ajoutée à l'énergiee potentielle déjà présente dans le système.
Lorsque A et B entrent en collision~ l'énergie potentielle totale de A+B
augmente, car de l'énergie cinétique de mouvement s'est transformée en énergie
potentielle et s'est ajoutée à celle que l'ensemble A+B possède lorsque les
molécules A et B sont largement séparées l'une de l'autre. Le complexe activé
représente le maximum d'énergie potentielle obtenue par le système A+B et à
partir de ce moment le système peut évoluer dans les deux directions, soit
vers les réactifs soit vers les produits. Remarquez qu'il n'est pas essentiel
de considérer que tous les complexes activés se décomposent en produits, mais
que seuls certains d'entre eux y parviennent.
La situation peut être comparée à un ensemble de "billes de billard" roulant
vers le sommet d'une colline. Ce n'est que si les "billes de billard"
possèdent une énergie cinétique très élevée qu'elles pourront atteindre le
sommet d'où il leur sera possible de redescendre de l'autre côté. Ici encore,
remarquez qu'elles peuvent tout aussi facilement retourner d'où elles
viennent. De la même manière, des molécules possédant une grande énergie
peuvent convertir suffisamment d'énergie cinétique en énergie potentielle pour
former le complexe activé (c'est-à-dire, aller jusqu'au sommet de la colline)
et peuvent alors évoluer vers les produits.
L'énergie requise pour former le complexe activé, l'énergie d'activation (Ea)
représente la hauteur de la colline. Remarquez que cette énergie, quoi qu'elle
soit nécessaire pour permettre à la réaction de se produire, n'est pas
absorbée dans la réaction, mais elle est plutôt libérée (et encore bien plus
si la réaction est exothermique), lorsque le complexe activé se décompose.
Maintenant, retournons à la figure G-4. Remarquez que les molécules possèdent
un domaine d'énergies cinétiques et qu'il existe un maximum probable d'énergie
défini par le pic de la courbe de distribution. De toute façon, toutes les
molécules n'auront pas la même énergie, certaines se déplaceront lentement et
auront donc des énergies cinétiques faibles, tandis que d'autres se
déplaceront très vite et posséderont des énergies cinétiques élevées. Ce sont
des molécules possédant une énergie cinétique élevée qui forment le complexe
activé. Nous pourrions sélectionner arbitrairement une certaine valeur de
l'énergie cinétique comme minimum nécessaire à la formation du complexe activé
(notée par une flèche dans la Fig. F-4) et définir
la fraction des molécules de l'ensemble capables de former le complexe activé.
Lorsque ces molécules réagissent et se transforment, quelques-unes de plus
vont acquérir cette énergie cinétique élevée par collision avec d'autres
molécules de façon à rétablir la distribution de Boltzmann. Ainsi donc, une
fraction constante du nombre total de molécules sera capable de former le
complexe activé. Cette fraction est régie par la température du système (la
température définit la distribution d'énergie cinétique à l'intérieur du
système moléculaire). Il s'ensuit la dépendance de la vitesse par rapport à la
température. Augmenter la température provoque le déplacement de la fonction
de distribution vers une énergie cinétique moyenne plus élevée (et un léger
changement de son aspect, qui traduit le résultat de la forme de la fonction
mathématique utilisée pour décrire la courbe de Boltzmann) (Fig.
G-6)

Fig.
G-6
Le résultat d'une élévation de la température est d'augmenter la fraction de
molécules qui possèdent la quantité minimum d'énergie cinétique (Fig.
G-4 et G-6) requise pour former le complexe activé et qui sont donc capables
de réagir.
Plus le nombre de molécules possédant une énergie suffisante pour pouvoir
surpasser la valeur de Ea est grand, plus le nombre de complexes
activés formés sera grand. La vitesse de réaction sera donc plus grande car le
nombre accru de complexes activés donne un nombre plus grand de ceux qui se
transforment en produits.
La relation s'exprime par l'équation:
k = Ae-E/RT où k est
la constante spécifique de vitesse de la réaction (séminaire F-1), A est une
constante, T est la température en K, R est la constante des gaz, E est
l'énergie d'activation et e est la base des logarithmes naturels.
(e = 2,71828... 101/2'303; in e = 1;
ln 10 e = 2,303; In X = 2,303 log X).
Cette équation a été obtenue à partir de la fonction de distribution de
Boltzmann. La dérivation peut en être trouvée dans des textes plus élaborés,
mais elle dépasse le propos de ce cours. Nous ferons encore usage de cette
équation, sans qu'il nous soit nécessaire de savoir comment la dériver.
La relation est mieux traitée expérimentalement, quand elle est sous forme
logarithmique:
k = Ae-E/RT
log k = logA -Ea/(2,303RT)
Cette équation simple présente la forme générale d'une équation linéaire:
y
= b + (pente) . x
et
en portant sur le graphique log k en fonction de 1/T, on obtient une droite
dont la pente égale
-Ea/2,303R.
Problème l. Les données suivantes ont été obtenues lors de la décomposition du
N2O5, que vous avez considérée précédemment:
|
T (Celsius) |
K x 104 (sec-1) |
|
20 |
0,235 |
|
25 |
0,469 |
|
40 |
3,62 |
|
45 |
9,29 |
Trouvez l'énergie d'activation de cette décomposition.
Pour un calcul plus facile, nous pouvons considérer une équation algébrique
reliant deux températures différentes en appliquant l'équation (1) au
processus à deux températures différentes:
log k1
= logA -Ea/(2,303RT1)
- (2a)
log k2
= logA -Ea/(2,303RT2)
- (2b)
En soustrayant l'équation 2b de 2a (en estimant que A et Ea sont
indépendants de la température), nous arrivons à une équation qui est
indépendante de A:
Logk1 - logk2 = {-Ea/2,303R}{1/T1
- 1/T2} = -{Ea/2,303R}{T2 - T1}/T1T2
Ainsi, la connaissance des vitesses (k) à deux températures nous permet de
calculer Ea et si nous connaissons Ea, le rapport de
deux vitesses à deux températures différentes peut être calculé. De plus, la
substitution de Ea et de la vitesse (k) à une température
considérée permet de calculer A à partir de l'équation.
Problème 2. La constante spécifique de vitesse de la décomposition de
N2O5(g) à 300°K
est égale à 4 x 10-5 sec-1. A quelle température, k
est-elle 8,0 x 10-5 sec-1? A = 7,7 x 1012 sec-1,
Ea = 2700 cal/mole
Problème 3. Pour la réaction
C2H5I
+ OH-
®
C2H5OH
+ I-
les
constantes de vitesse suivantes ont été obtenues:
à
298°K k = 5,03 x 10-2
M-1 sec-1; à 333°K
k = 6,71 M-1 sec-1
Quelle est la valeur de l'énergie d'activation?
Problème 4. Faire bouillir un oeuf dénature une protéine et l'énergie
d'activation est à peu près 130 kcal/mole. Au niveau de la mer et à 100°C, un
temps favorable est de 3 min. Combien de temps sera nécessaire pour atteindre
le même pourcentage de réaction à une altitude de 8000 pieds environ et un
point d'ébullition de l'eau égal à 95°C?
Problème 5. Si la vitesse d'une réaction double entre 0°
et 10°.
(a)
De quel facteur le rapport des vitesses augmentera-t-il quand
la température passera de 100°
à 110°?
(b)
Quelle est la valeur de l'énergie d'activation?
Une règle grossière dit que la vitesse de la réaction double
quand la température augmente de 10°C.
Il ressort que cette règle sous-entend un certain Ea et que ce Ea
dépend du domaine de température où se situe cette augmentation, par exemple,
suivant qu'elle a lieu entre 20°
et 30°
ou entre 200°
et 210°.
Quelques facteurs d'accroissement de la vitesse sont inclus dans la table
suivante.
Facteurs par lesquels les vitesses de réactions sont changées lors d'un
changement de 10°C dans la température.
Problème 6. Complétez le tableau suivant
pour montrer comment l'énergie d'activation Ea, la température T et
les vitesses relatives sont reliées entre elles. La partie droite du tableau
contient une liste partielle de valeurs de k correspondantes à différentes
énergies d'activation et à différentes températures. Ajoutez les valeurs
inconnues.
|
Température |
K (vitesse constante) |
|||
|
C |
K |
Ea = 12,5 kcal/mol |
Ea = ? |
Ea = 37,5 kcal/mol |
|
27 |
300 |
2,0 |
4,0 |
8,1 |
|
127 |
400 |
1,5 |
1,3 |
? |
|
? |
(? + 273) |
1,2 |
? |
1,7 |
PROBLEMES SUPPLEMENTAIRES
Problème 7. Pourquoi la nourriture cuit-elle plus vite dans une
casserole à pression que dans une casserole ordinaire?
Problème 8. Lorsque des pneus d'automobile sont stockés, ils
vieillissent par oxydation et d'autres réactions du caoutchouc. Par quel
facteur approximatif la période sûre de stockage devrait-elle être multipliée,
lorsque la température de stockage est abaissée de 30°F?
Problème 9. Si de la nourriture est enlevée d'une pièce à 25°C et placée
dans un réfrigérateur à 5°C, on peut s'attendre à la conserver fraîche (a) pas
plus longtemps (b) deux fois plus longtemps (c) quatre fois plus longtemps
(d)10 fois plus longtemps (e) indéfiniment.
Problème 10. Pour faire brûler du charbon, il faut
d'abord le chauffer. Considérez-vous que cette réaction soit exothermique ou
endothermique? Expliquez. Le
DH
de cette réaction est-il positif ou négatif?
Problème 11. Expliquez pourquoi
des réactions impliquant O2 et N2 ont habituellement des
énergies d'activation plus élevées que les réactions semblables de Cl2
ou de F2?
Problème 12. Une certaine réaction
atteint un taux de 20 en 15 min à 40 C et en 3 min à 60 C. Estimez son énergie
d'activation.
Problème 13. Dessinez pour une
réaction endothermique une figure analogue à la figure G-5.
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Mise à jour effectuée le 26 janvier 2003